CGI, art. 787 B et 787 C (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, art. 8) — aucune disposition PLF 2027 à ce jour

Le pacte Dutreil est-il de nouveau remis en cause par le PLF 2027 (CGI, art. 787 B) ?

Le pacte Dutreil a déjà été réformé, mais par la loi de finances pour 2026 et non par le projet de loi de finances pour 2027, qui n'est ni présenté en Conseil des ministres ni déposé au 9 septembre 2026. L'article 8 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 a porté de quatre à six ans l'engagement individuel de conservation de l'article 787 B du code général des impôts, soit huit ans au total avec l'engagement collectif de deux ans, et a exclu de l'exonération la fraction de valeur représentative de sept catégories d'actifs somptuaires — chasse, pêche, véhicules de tourisme et bateaux de plaisance, bijoux et objets d'art, chevaux, vins et alcools, logements et résidences — qui ne sont pas exclusivement affectés à l'activité, dans une version en vigueur depuis le 21 février 2026. Le taux d'exonération reste de 75 % : c'est précisément le volet que le Conseil des prélèvements obligatoires recommandait, le 1er décembre 2025, de ramener à 50 %, et il est le seul de ses trois propositions à ne pas avoir été repris.

Entrée en vigueur envisagée : Réforme LF 2026 en vigueur depuis le 21 février 2026

En attente du texteaucun texte déposé au 9 septembre 2026

Mis à jour le

  1. Annoncé
  2. Projet
  3. AN
  4. Sénat
  5. CMP
  6. Adopté
  7. JO

En résumé

  • Réforme déjà faite : loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 8 ; article 787 B du CGI en vigueur depuis le 21 février 2026.
  • Engagement individuel porté de quatre à six ans (art. 787 B, c), même allongement pour les entreprises individuelles (art. 787 C, b) : durée totale minimale de huit ans.
  • Exclusion de la fraction de valeur représentative de sept catégories d'actifs somptuaires non exclusivement affectés à l'activité pendant au moins trois ans avant la transmission et jusqu'à la fin de l'engagement individuel : chasse, pêche, véhicules de tourisme, yachts et bateaux de plaisance, aéronefs, bijoux, métaux précieux, objets d'art, de collection ou d'antiquité, chevaux, vins et alcools, logements et résidences.
  • Le taux de 75 % est inchangé : c'est le troisième volet de la recommandation n° 17.2 du CPO — recommandation dont le CPO chiffre l'ensemble à 1,3 Md€ dans son scénario 2 — et le seul des trois à ne pas avoir été repris.
  • Aucune disposition du PLF 2027 n'existe à ce jour ; la première partie du texte doit être discutée du 12 au 19 octobre 2026, avec un vote solennel annoncé pour le 20 octobre.

La question est mal posée : la réforme a déjà eu lieu

Beaucoup de dirigeants attendent le budget 2027 pour savoir si le pacte Dutreil sera durci. Il l'a déjà été, il y a près de sept mois, par l'article 8 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026. Légifrance affiche l'article 787 B du CGI en version en vigueur depuis le 21 février 2026, avec la mention « Modifié par LOI n° 2026-103 du 19 février 2026 - art. 8 ».

L'article 8 fait deux choses : il insère neuf alinéas après le deuxième alinéa de l'article 787 B, et il remplace le mot « quatre » par le mot « six » au premier alinéa du c. Le même remplacement est opéré au b de l'article 787 C, qui vise les entreprises individuelles.

Ce qui reste intact

Le premier alinéa n'a pas changé : « Sont exonérées de droits de mutation à titre gratuit, à concurrence de 75 % de leur valeur, les parts ou les actions d'une société ». L'engagement collectif du a reste d'« une durée minimale de deux ans » en cours au jour de la transmission, et l'engagement collectif réputé acquis subsiste.

Ce qui a changé — la durée

Le c impose désormais à chaque héritier, donataire ou légataire « de conserver les parts ou les actions transmises pendant une durée de six ans à compter de la date d'expiration du délai visé au a ». L'engagement collectif de deux ans devant être en cours au jour de la transmission, la durée totale minimale du montage passe de six à huit ans, et l'immobilisation qui pèse sur les héritiers après la transmission va de six ans — si le collectif expire aussitôt — à huit ans s'il vient d'être signé. Pour un dirigeant de 70 ans qui transmet, ce n'est pas un détail technique : ses enfants peuvent être tenus jusqu'à ses 78 ans.

Ce qui a changé — l'assiette

Les alinéas insérés retirent du bénéfice de l'exonération une fraction de la valeur des titres :

« L'exonération ne s'applique pas à la fraction de la valeur vénale des parts ou actions mentionnées au même premier alinéa représentative de la valeur des éléments d'actif suivants qui ne sont pas exclusivement affectés par la société, pendant une durée d'au moins trois ans avant la transmission ou, à défaut, depuis leur acquisition, et jusqu'à la fin de l'engagement prévu au c ou, à défaut, jusqu'à sa cession, à l'activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale au sens du premier alinéa ».

Suivent sept catégories : « les biens affectés à l'exercice de la chasse » ; « les biens affectés à l'exercice de la pêche » ; « les véhicules de tourisme, au sens de l'article L. 421-2 du code des impositions sur les biens et services, les yachts, les bateaux de plaisance à voile ou à moteur et les aéronefs » ; « les bijoux, les métaux précieux et les objets d'art, de collection ou d'antiquité, à l'exclusion de ceux bénéficiant du régime prévu à l'article 238 bis AB du présent code » ; « les chevaux de course ou de concours » ; « les vins et les alcools » ; « les logements et résidences ».

Deux points méritent d'être signalés à vos clients. D'abord, la condition d'affectation exclusive est doublement datée : elle court au moins trois ans avant la transmission — un reclassement d'actif décidé juste avant une donation ne produit aucun effet — et se prolonge « jusqu'à la fin de l'engagement prévu au c ou, à défaut, jusqu'à sa cession », soit jusqu'au terme des six ans d'engagement individuel. L'assiette exonérée n'est donc pas figée au jour de l'acte : elle reste exposée pendant toute la durée de l'engagement. Ensuite, la trésorerie, les valeurs mobilières, les participations et les immeubles d'exploitation ne figurent pas dans la liste — le législateur a visé les actifs somptuaires, pas la structure financière de l'entreprise.

Le Conseil constitutionnel, saisi du texte, n'a pas contrôlé le fond de l'article 8 : il a jugé que ces dispositions « ont été adoptées selon une procédure conforme à la Constitution » puis, « en l'absence de griefs dirigés contre [elles] », qu'« il n'y a pas lieu […] d'examiner spécialement ces dispositions d'office » (décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026, § 57 à 60). L'article 8 n'ayant pas été déclaré conforme dans les motifs et le dispositif, la voie de la question prioritaire de constitutionnalité reste ouverte.

Ce qui reste sur la table pour 2027

Le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires du 1er décembre 2025, « Corriger les principales distorsions de l'imposition du patrimoine », formule une recommandation n° 17.2 en trois volets :

« Restreindre le champ du pacte Dutreil aux seuls actifs professionnels et allonger de deux ans la durée d'engagement nécessaire pour bénéficier de l'exonération partielle. Rabaisser le taux d'exonération partielle de 75 % à 50 %. »

Rendement estimé par le CPO dans son scénario 2 : 1,3 Md€. Mettez cette recommandation en regard de l'article 8 de la loi de finances pour 2026 : le premier volet n'a été mis en œuvre que partiellement, par l'exclusion de sept catégories d'actifs somptuaires — la trésorerie, les valeurs mobilières et les participations restent dans l'assiette exonérée ; le deuxième l'a été littéralement — « allonger de deux ans », quatre ans devenus six. Le troisième volet, la baisse du taux de 75 % à 50 %, est le seul à ne pas avoir été repris. C'est la mesure Dutreil la plus documentée et la plus chiffrée à ce jour, et elle n'a pas encore été écartée.

Ce que cela ne veut pas dire. Aucune déclaration gouvernementale, aucun avant-projet, aucun amendement identifié au 9 septembre 2026 ne porte cette baisse à 50 % pour le budget 2027. « Non repris » ne signifie ni « prévu », ni « probable » : cela signifie qu'une recommandation officielle, chiffrée et publiée existe, et qu'aucun texte ne l'a reprise.

Le raisonnement du rapport est également connu : l'évaluation de politique publique conduite par la Cour des comptes « a montré que l'effet était observable sur la stabilité de l'actionnariat mais non discernable sur l'investissement et l'emploi et n'était pas à la hauteur de son coût actuel ».

Où en est le PLF 2027

Nulle part encore. La page « Projet de loi de finances pour 2027 » de l'Assemblée nationale ne comporte, au 9 septembre 2026, ni numéro de texte ni date de dépôt. L'article 39 de la LOLF fixe la date limite de dépôt au mardi 6 octobre 2026 ; le Premier ministre a fait savoir qu'il comptait présenter et déposer le texte le 30 septembre, et la conférence des présidents a fixé le 15 juillet 2026 le vote de la première partie au 20 octobre — dates annoncées, non encore intervenues à la date de mise à jour de cette page, reprises de franceinfo, 24 août 2026. Un amendement Dutreil, s'il vient, viendra là.

Point ouvert à signaler dans vos dossiers : la loi de finances pour 2026 ne comporte pas de disposition transitoire expresse sur l'allongement de la durée d'engagement, ce que Deloitte Société d'Avocats a relevé dès le 27 janvier 2026 : « La question de l'entrée en vigueur de cette modification reste entière, n'ayant pas été spécifiquement visée par le texte. » À la date de mise à jour de cette page, aucun commentaire administratif publié au BOFiP n'était venu trancher la question.

Qui est concerné

Les clients de votre portefeuille visés par ce texte

  • Dirigeant de 65 à 75 ans qui n'a pas encore transmis

    Il subit désormais huit ans d'immobilisation au lieu de six et une assiette réduite des actifs somptuaires. Si la baisse du taux à 50 % était un jour votée, l'assiette taxable doublerait, passant de 25 % à 50 % de la valeur des titres : c'est le dossier à instruire en priorité.

  • Sociétés détenant des logements, résidences ou véhicules de prestige

    La fraction de valeur correspondante est exclue de l'exonération si les biens ne sont pas exclusivement affectés à l'activité pendant au moins trois ans avant la transmission et jusqu'à la fin de l'engagement individuel. Un reclassement décidé juste avant la donation est sans effet — le compteur de trois ans court d'abord — et l'affectation doit être maintenue six ans après.

  • Pactes collectifs signés avant le 21 février 2026, transmission non réalisée

    L'engagement collectif de deux ans reste valable, mais l'engagement individuel qui suivra la transmission sera de six ans. L'absence de disposition transitoire expresse est un point ouvert à documenter dans le dossier.

  • Entrepreneurs individuels et exploitants agricoles

    L'article 787 C est visé au même titre : le b passe également de quatre à six ans. Les exploitations agricoles et les fonds artisanaux sont concernés au même titre que les sociétés.

  • Holdings animatrices avec des actifs mixtes

    La liste des exclusions ne vise pas la trésorerie ni les participations, mais l'appréciation de l'animation reste le premier risque du dossier. Documentez-la avant de raisonner sur le taux d'exonération.

Côté cabinet

Ce qu'il faut faire maintenant

  1. 01

    Recalculer l'assiette réelle des dossiers en cours

    Pour chaque pacte signé ou en projet, isolez au bilan les actifs visés par les alinéas insérés à l'article 787 B et chiffrez la fraction de valeur désormais exclue. C'est un calcul dû aujourd'hui, indépendant du PLF 2027.

  2. 02

    Réviser les plans de transmission sur huit ans, pas six

    Reprenez les calendriers, les pactes d'associés et les clauses de liquidité bâtis sur une durée totale de six ans : ils doivent être refaits sur huit ans, avec les conséquences en matière de financement des droits et de gouvernance.

  3. 03

    Poser le scénario d'une exonération à 50 %, sans le présenter comme probable

    Chiffrez, pour vos dossiers les plus importants, le coût d'une transmission à 50 % d'exonération plutôt que 75 %. Ce chiffrage éclaire un arbitrage de calendrier ; il ne justifie pas de précipiter une transmission non préparée.

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Aperçu

Transmission de votre entreprise : ce qui a déjà changé en février 2026, et ce qui reste discuté pour 2027

Le régime dit « pacte Dutreil », qui exonère de droits de donation et de succession 75 % de la valeur des titres de votre société, a été modifié par l'article 8 de la loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026 et applicable depuis le 21 février 2026. Deux changements vous concernent directement. D'une part, l'engagement individuel de conservation que prennent vos enfants après la transmission passe de quatre à six ans, ce qui porte la durée totale d'immobilisation des titres à huit ans au lieu de six. D'autre part, l'exonération ne s'applique plus à la part de valeur correspondant à certains biens détenus par la société et non exclusivement affectés à son activité pendant au moins trois ans avant la transmission et jusqu'au terme de l'engagement de conservation : véhicules de tourisme, bateaux de plaisance, aéronefs, bijoux et objets d'art, chevaux, vins et alcools, logements et résidences.

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Questions

Ce qu'on nous demande sur ce texte

Le taux d'exonération de 75 % a-t-il été réduit ?+

Non. Le premier alinéa de l'article 787 B du CGI maintient l'exonération « à concurrence de 75 % de leur valeur ». La baisse à 50 % est une recommandation du Conseil des prélèvements obligatoires du 1er décembre 2025, reprise dans aucun texte.

Depuis quand l'engagement individuel est-il de six ans ?+

Depuis l'article 8 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026. Légifrance affiche l'article 787 B en version en vigueur depuis le 21 février 2026. La durée totale minimale passe à huit ans avec l'engagement collectif de deux ans.

Quels actifs sont désormais exclus de l'exonération ?+

Chasse, pêche, véhicules de tourisme, yachts et bateaux de plaisance, aéronefs, bijoux, métaux précieux, objets d'art, chevaux de course ou de concours, vins et alcools, logements et résidences, lorsqu'ils ne sont pas exclusivement affectés à l'activité pendant au moins trois ans avant la transmission et jusqu'à la fin de l'engagement individuel de six ans.

La nouvelle durée s'applique-t-elle aux pactes déjà signés ?+

La loi ne comporte pas de disposition transitoire expresse sur ce point et aucun commentaire administratif ne l'a tranché au 9 septembre 2026. La lecture retenue par la doctrine fiscale — notamment CMS Francis Lefebvre, 10 mars 2026 — est que les nouvelles règles visent les transmissions réalisées à compter de l'entrée en vigueur de la loi, le 21 février 2026 ; ce n'est pas, à ce jour, une position de l'administration.

Le PLF 2027 peut-il encore durcir le dispositif ?+

Rien ne l'exclut. Le texte n'est pas déposé au 9 septembre 2026 ; sa première partie, celle des mesures de recettes, doit être discutée du 12 au 19 octobre 2026, avec un vote solennel annoncé pour le 20 octobre, et c'est là que les amendements sont déposés.

Luca Penaranda

Fondateur de Curio

Luca Penaranda est le fondateur de Curio, qui lit et recoupe pour les cabinets les textes fiscaux et réglementaires qui touchent leurs clients. Il rédige et met à jour ces pages à chaque étape de la navette parlementaire.

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