CGI, art. 990 I et art. 757 B — aucune disposition PLF 2027 à ce jour
Le PLF 2027 va-t-il réduire l'abattement de 152 500 € de l'assurance vie (CGI, art. 990 I) ?
Au 9 septembre 2026, le projet de loi de finances pour 2027 n'est ni présenté en Conseil des ministres, ni déposé à l'Assemblée nationale : l'article 39 de la loi organique n° 2001-692 du 1er août 2001 fixe seulement la date limite de dépôt au mardi 6 octobre 2026. L'abattement de 152 500 € par bénéficiaire de l'article 990 I du code général des impôts est donc intact, dans sa version en vigueur depuis le 11 mars 2023, que la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 n'a pas modifiée. Une réforme est bien proposée, mais par un rapport et non par un texte : le Conseil des prélèvements obligatoires recommande, depuis le 1er décembre 2025, de « rapprocher le traitement fiscal des sommes transmises au titre de l'assurance-vie de celui de l'ensemble des transmissions en appliquant le barème des DMTG en ligne directe à partir de la tranche marginale à 20 % » — un changement de régime, sur lequel le sort de l'abattement de 152 500 € n'est pas tranché.
Entrée en vigueur envisagée : Sans objet : aucune mesure n'existe à ce jour
Mis à jour le
- Annoncé
- Projet
- AN
- Sénat
- CMP
- Adopté
- JO
En résumé
- Droit en vigueur inchangé : abattement fixe de 152 500 € par bénéficiaire, prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € puis 31,25 % (CGI, art. 990 I, version du 11 mars 2023).
- Primes versées après 70 ans : régime distinct de l'article 757 B, abattement global de 30 500 € tous bénéficiaires et tous contrats confondus (version du 11 mars 2023).
- Ni l'un ni l'autre n'a été modifié par la loi de finances pour 2026.
- Ce qui est proposé : recommandation n° 6 du Conseil des prélèvements obligatoires du 1er décembre 2025, chiffrée à 1,25 Md€ de recettes supplémentaires.
- Ce qui est spéculé : une baisse pure et simple du montant de 152 500 €, qui ne figure dans aucun texte ni dans aucun rapport officiel.
Le régime en vigueur, article par article
La transmission de l'assurance vie obéit à deux régimes qui ne se recouvrent pas, et aucun des deux n'a bougé.
Primes versées avant 70 ans — l'[article 990 I du CGI](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000047288653), en version en vigueur depuis le 11 mars 2023. Les capitaux décès subissent, après un abattement proportionnel de 20 % réservé à certains contrats, « un abattement fixe de 152 500 € », par bénéficiaire et non par contrat. Au-delà, « le prélèvement s'élève à 20 % pour la fraction de la part taxable de chaque bénéficiaire inférieure ou égale à 700 000 €, et à 31,25 % pour la fraction de la part taxable de chaque bénéficiaire excédant cette limite ». Ce prélèvement n'est pas un droit de succession : c'est un prélèvement sui generis, selon la qualification retenue par la doctrine, ce qui explique qu'il échappe au barème de l'article 777 et au rappel fiscal de l'article 784.
Primes versées après 70 ans — l'[article 757 B](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000047288569), également en version du 11 mars 2023. Les sommes sont soumises aux droits de mutation par décès « à concurrence de la fraction des primes versées après l'âge de soixante-dix ans », après un abattement bien plus modeste : « L'ensemble des sommes, rentes ou valeurs visées au I dues à raison du ou des contrats conclus sur la tête d'un même assuré fait l'objet d'un abattement global de 30 500 €. » Cet abattement est global — tous bénéficiaires et tous contrats confondus — quand celui de l'article 990 I est individuel. Les produits capitalisés restent, eux, hors droits. Le deuxième alinéa du I y apporte une exception lourde pour vos dossiers retraite : les sommes dues à raison du décès après 70 ans du titulaire d'un plan d'épargne retraite « donnent ouverture aux droits de mutation par décès pour leur montant total », primes et produits confondus.
La première phrase du I de l'article 990 I n'ouvre le prélèvement qu'aux sommes qui « n'entrent pas dans le champ d'application de l'article 757 B » : les deux régimes s'excluent. Enfin, le conjoint survivant et le partenaire lié par un pacte civil de solidarité sont exonérés de droits de mutation par décès en application de l'article 796-0 bis : l'enjeu de l'abattement de 152 500 € concerne les autres bénéficiaires, enfants et tiers désignés.
La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 n'a modifié ni l'article 990 I ni l'article 757 B : Légifrance affiche toujours, au 9 septembre 2026, les versions du 11 mars 2023.
Où en est le projet de loi de finances pour 2027
Nulle part encore. La page « Projet de loi de finances pour 2027 » de l'Assemblée nationale ne comporte, au 9 septembre 2026, ni numéro de texte, ni date de dépôt, ni document budgétaire.
Le seul point fixe est l'article 39 de la LOLF : le projet « est déposé au plus tard le premier mardi d'octobre de l'année qui précède celle de l'exécution du budget », soit le 6 octobre 2026. Le Premier ministre a fait savoir qu'il comptait présenter et déposer le texte le 30 septembre ; la conférence des présidents de l'Assemblée nationale a arrêté le 15 juillet 2026 le calendrier de l'automne : discussion de la première partie du 12 au 19 octobre, vote solennel sur cette première partie le 20 octobre. Ces dates sont annoncées et non encore intervenues à la date de mise à jour de cette page ; le relevé de conclusions n'étant pas publié en accès libre, elles sont reprises de franceinfo, 24 août 2026. Les mesures de recettes se jouent dans cette première partie.
Point de contexte utile : le ministre de l'Économie et des Finances a répété dans la presse, en juin et juillet 2026, qu'il n'y aurait « pas de hausse générale d'impôt en 2027 » — déclaration d'intention, non reprise à ce jour dans un document budgétaire publié —, mais l'Assemblée nationale n'a pas de majorité absolue et la loi de finances pour 2026 n'a été promulguée que le 19 février 2026, après une lecture définitive. Notre lecture : si une mesure sur l'assurance vie arrive, elle a plus de chances de venir d'un amendement que du texte initial du Gouvernement. C'est une appréciation, pas un fait établi.
Ce qui est réellement proposé
Le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, organisme rattaché à la Cour des comptes, publié le 1er décembre 2025 sous le titre « Corriger les principales distorsions de l'imposition du patrimoine », formule une recommandation précise, la n° 6 :
« Rapprocher le traitement fiscal des sommes transmises au titre de l'assurance-vie de celui de l'ensemble des transmissions en appliquant le barème des DMTG en ligne directe à partir de la tranche marginale à 20 %. »
Le CPO chiffre le rendement à 1,25 Md€. Lisez la formulation de près : elle ne propose pas d'abaisser le montant de 152 500 €, mais de changer de logique — sortir du prélèvement forfaitaire de l'article 990 I pour entrer dans le barème des droits de mutation à titre gratuit, à partir de sa tranche à 20 %, celle qui court aujourd'hui de 15 932 à 552 324 € en ligne directe. Le rapport range cette mesure dans un objectif de neutralité : « un traitement moins dérogatoire de la transmission de l'assurance-vie » est « de nature à atténuer les distorsions fiscales qui continuent à contraindre l'orientation de l'épargne ».
Deux conséquences concrètes si une telle mesure était un jour votée : l'avantage se déplacerait vers les bénéficiaires en ligne directe et se réduirait fortement pour les bénéficiaires éloignés, aujourd'hui protégés par un abattement de 152 500 € là où le barème des tiers monte à 60 % ; et la logique « un abattement par bénéficiaire » disparaîtrait au profit d'une logique de part successorale.
Ce qui relève de la rumeur
La réduction ou la suppression du montant de 152 500 € revient chaque automne dans la presse patrimoniale. Aucune annonce gouvernementale ne l'appuie, aucun texte ne la porte, aucun rapport officiel ne la formule sous cette forme. La seule chose vérifiable est la recommandation n° 6 ci-dessus, qui n'a pas la même portée. Un cabinet qui écrit à ses clients « l'abattement de 152 500 € va être supprimé » écrit quelque chose qu'il ne peut pas sourcer.
Ce qui reste vrai quel que soit le texte
Trois points ne dépendent d'aucun arbitrage budgétaire, et ce sont eux qui font gagner de l'argent à vos clients :
- La clause bénéficiaire. Un abattement de 152 500 € par bénéficiaire n'a de valeur que si les bénéficiaires sont nommément désignés et suffisamment nombreux. Les clauses « mes héritiers » non démembrées laissent l'abattement inutilisé.
- La frontière des 70 ans. Elle est fixée par l'article 757 B et n'a jamais été déplacée. Un versement effectué le jour qui précède le soixante-dixième anniversaire relève du 990 I, celui du lendemain du 757 B.
- Le démembrement de la clause. Il ne multiplie pas l'abattement : l'article 990 I répute le nu-propriétaire et l'usufruitier bénéficiaires au prorata de leur part, calculée selon le barème de l'article 669, et « les abattements prévus au premier alinéa du présent I sont répartis entre les personnes concernées dans les mêmes proportions ». Son intérêt est d'ajouter des bénéficiaires, non de doubler les 152 500 € — et lorsque l'usufruitier est le conjoint, déjà exonéré, la fraction d'abattement qui lui revient est perdue. C'est un travail de rédaction, pas d'arbitrage fiscal.
Qui est concerné
Les clients de votre portefeuille visés par ce texte
Clients de 66 à 69 ans avec des versements programmés
La bascule du régime de l'article 990 I vers celui de l'article 757 B est datée à la journée. Faites l'inventaire des versements prévus et des dates d'anniversaire : c'est l'arbitrage le plus rentable de la période, et il ne dépend d'aucun texte.
Contrats importants avec un seul bénéficiaire désigné
Un contrat de 600 000 € avec un bénéficiaire unique consomme un abattement de 152 500 € et laisse 447 500 € au prélèvement de 20 %. La même somme répartie entre trois bénéficiaires désignés change complètement le calcul.
Clauses bénéficiaires rédigées « mes héritiers »
Formulation la plus fréquente et la moins optimisée. Elle doit être relue à l'occasion de la prochaine actualisation du dossier, indépendamment du budget 2027.
Clients désignant des bénéficiaires hors ligne directe
Neveu, nièce, filleul, concubin : ce sont eux qui bénéficient le plus de l'abattement actuel de 152 500 €, et eux qui seraient le plus exposés à un alignement sur le barème des droits de mutation.
Contrats souscrits avant le 20 novembre 1991 ou alimentés avant le 13 octobre 1998
Les régimes antérieurs restent applicables selon les dates de souscription et de versement des primes. Vérifiez ces dates avant tout conseil : elles priment sur toute anticipation budgétaire.
Côté cabinet
Ce qu'il faut faire maintenant
- 01
Auditer les clauses bénéficiaires, pas la fiscalité
Sortez la liste des contrats de plus de 152 500 € et des clauses non nominatives. Une clause mal rédigée coûte aujourd'hui plus cher que la mesure hypothétique dont parlent vos clients.
- 02
Dater les versements par rapport au seuil de 70 ans
Pour chaque client de 66 à 70 ans, mettez en regard l'échéancier de versements et la date d'anniversaire. C'est le seul point du dossier où quelques jours changent le régime applicable (art. 990 I ou art. 757 B).
- 03
Écrire à vos clients avant qu'ils ne lisent la presse
Une note courte, datée, qui dit que rien n'est voté, ce qui est proposé et par qui, et quand le texte sera connu, vous évite dix appels en octobre et documente votre diligence.
Vérifier
Sources officielles
- Légifrance · version en vigueur depuis le 11 mars 2023 ; abattement de 152 500 €, taux de 20 % et 31,25 %CGI, article 990 I (prélèvement sur les capitaux décès) — Légifrance
- Légifrance · version en vigueur depuis le 11 mars 2023 ; abattement global de 30 500 €CGI, article 757 B (primes versées après 70 ans) — Légifrance
- Légifrance · version en vigueur depuis le 22 août 2007 ; exonération de droits de mutation par décèsCGI, article 796-0 bis (exonération du conjoint et du partenaire de PACS) — Légifrance
- Source · recommandation n° 6, rendement estimé 1,25 Md€Conseil des prélèvements obligatoires, « Corriger les principales distorsions de l'imposition du patrimoine », 1er décembre 2025
- Légifrance · dépôt « au plus tard le premier mardi d'octobre »Loi organique n° 2001-692 du 1er août 2001 (LOLF), article 39 — Légifrance
- Assemblée nationale · page consultée le 9 septembre 2026 : aucun texte déposéProjet de loi de finances pour 2027 — Assemblée nationale
À envoyer
La note à vos clients concernés
Rédigée à partir de cette analyse, au format Word, en-tête neutre. Vous la relisez, l'adaptez à votre portefeuille et l'envoyez sous votre signature.
Aperçu
Votre assurance vie et le budget 2027 : ce qui est vrai, ce qui ne l'est pas
Rien, à ce jour. Le projet de loi de finances pour 2027 n'est pas encore déposé au Parlement : la loi organique du 1er août 2001 en fixe la date limite au 6 octobre 2026, et la discussion des mesures de recettes à l'Assemblée nationale est annoncée à partir du 12 octobre 2026. L'abattement de 152 500 € par bénéficiaire applicable aux capitaux décès issus de primes versées avant vos 70 ans (article 990 I du code général des impôts) est inchangé, tout comme l'abattement global de 30 500 € applicable aux primes versées après 70 ans (article 757 B). La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, n'a modifié ni l'un ni l'autre.
Questions
Ce qu'on nous demande sur ce texte
L'abattement de 152 500 € a-t-il déjà été réduit ?+
Non. L'article 990 I du CGI est affiché par Légifrance en version en vigueur depuis le 11 mars 2023 et n'a pas été modifié par la loi de finances pour 2026.
Que propose exactement le Conseil des prélèvements obligatoires ?+
Sa recommandation n° 6, du 1er décembre 2025, est d'appliquer aux capitaux décès « le barème des DMTG en ligne directe à partir de la tranche marginale à 20 % ». Ce n'est pas une baisse du montant de 152 500 €, mais un changement de régime, chiffré à 1,25 Md€.
L'abattement est-il par contrat ou par bénéficiaire ?+
Par bénéficiaire, tous contrats confondus sur la tête d'un même assuré (art. 990 I). L'abattement de 30 500 € de l'article 757 B est au contraire global, tous bénéficiaires et tous contrats confondus.
Faut-il verser avant la fin de l'année 2026 ?+
Le seul seuil réellement daté est celui des 70 ans de l'assuré (art. 757 B). Aucun texte ne fixe d'échéance au 31 décembre 2026 pour les versements en assurance vie.
Quand connaîtra-t-on le contenu du texte ?+
À sa présentation en Conseil des ministres, annoncée pour le 30 septembre 2026, puis au vote de la première partie, annoncé pour le 20 octobre. Le dépôt est légalement dû au plus tard le 6 octobre 2026.
Luca Penaranda
Fondateur de Curio
Luca Penaranda est le fondateur de Curio, qui lit et recoupe pour les cabinets les textes fiscaux et réglementaires qui touchent leurs clients. Il rédige et met à jour ces pages à chaque étape de la navette parlementaire.
Publié le
Information générale. Cette page décrit un texte de portée générale à la date indiquée. Elle ne constitue pas un conseil personnalisé et ne dispense pas de l'analyse de la situation propre à chaque client. Vérifiez les sources citées et faites valider toute note avant envoi.
À lire aussi
Les analyses voisines
- En attente du texte
Le PLF 2027 va-t-il baisser l'abattement de 100 000 € en ligne directe (CGI, art. 779) ?
Mis à jour le 9 septembre 2026
- En attente du texte
Le pacte Dutreil est-il de nouveau remis en cause par le PLF 2027 (CGI, art. 787 B) ?
Mis à jour le 11 septembre 2026
- En vigueur
Don familial pour la résidence principale : que doivent faire vos clients avant le 31 décembre 2026 (CGI, art. 790 A bis) ?
Mis à jour le 9 septembre 2026