CGI, art. 779, I ; art. 784 ; art. 777 — aucune disposition PLF 2027 à ce jour
Le PLF 2027 va-t-il baisser l'abattement de 100 000 € en ligne directe (CGI, art. 779) ?
Au 9 septembre 2026, le projet de loi de finances pour 2027 n'est ni écrit publiquement, ni présenté en Conseil des ministres, ni déposé : l'article 39 de la loi organique n° 2001-692 du 1er août 2001 impose seulement son dépôt « au plus tard le premier mardi d'octobre », soit le mardi 6 octobre 2026. Aucune disposition ne réduit donc l'abattement de 100 000 € en ligne directe, qui figure toujours au I de l'article 779 du code général des impôts dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2013, et aucune n'allonge le délai de rappel fiscal de quinze ans de l'article 784. Le seul travail officiel récent, le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires du 1er décembre 2025, ne recommande pas d'abaisser les abattements : il propose au contraire d'alléger les taux du barème de l'article 777 (recommandation n° 13) en élargissant l'assiette, quitte à taxer plus lourdement les transmissions les plus élevées (recommandation n° 17.1).
Entrée en vigueur envisagée : Sans objet : aucune mesure n'existe à ce jour
Mis à jour le
- Annoncé
- Projet
- AN
- Sénat
- CMP
- Adopté
- JO
En résumé
- Droit en vigueur inchangé : abattement de 100 000 € (CGI, art. 779, I, version du 1er janvier 2013), rappel fiscal de quinze ans (art. 784, version du 1er janvier 2017), barème de 5 à 45 % (art. 777, version du 30 décembre 2014).
- La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) n'a modifié aucun de ces trois articles.
- Ce qui est proposé n'est pas ce qui est raconté : le CPO recommande d'alléger les taux (recommandation n° 13) et de créer un abattement pour l'enfant du conjoint au niveau des neveux et nièces, soit 7 967 € (recommandation n° 12).
- La baisse de l'abattement de 100 000 € et l'allongement du rappel à 20 ou 25 ans ne figurent dans aucun texte ni dans aucun rapport officiel : ce sont des hypothèses de presse.
- La fenêtre de décision se situe entre le dépôt du texte et le vote solennel de la première partie, annoncé pour le 20 octobre 2026.
Le droit en vigueur, que rien n'a modifié
Trois articles gouvernent la question, et aucun n'a bougé.
L'article 779 du CGI dispose en son I qu'« il est effectué un abattement de 100 000 € sur la part de chacun des ascendants et sur la part de chacun des enfants vivants ou représentés par suite de prédécès ou de renonciation ». Légifrance affiche cet article en version en vigueur depuis le 1er janvier 2013, dernière modification par la loi n° 2012-958 du 16 août 2012. Les autres abattements du même article sont également inchangés : 159 325 € en cas de handicap (II), 15 932 € entre frères et sœurs (IV), 7 967 € pour les neveux et nièces (V).
L'article 784, en vigueur depuis le 1er janvier 2017, prévoit que la perception « est effectuée en ajoutant à la valeur des biens compris dans la donation ou la déclaration de succession celle des biens qui ont fait l'objet de donations antérieures, à l'exception de celles passées depuis plus de quinze ans ». C'est le délai de rappel fiscal : quinze ans, toujours.
L'article 777, en vigueur depuis le 30 décembre 2014, fixe le barème en ligne directe : 5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % de 8 072 à 12 109 €, 15 % de 12 109 à 15 932 €, 20 % de 15 932 à 552 324 €, 30 % de 552 324 à 902 838 €, 40 % de 902 838 à 1 805 677 €, 45 % au-delà.
La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, promulguée après une lecture définitive et publiée au JO du 20 février 2026, n'a touché aucun des trois. Elle a en revanche réformé le pacte Dutreil (article 8) et créé une taxe sur les actifs non professionnels des holdings (article 7).
Ce qui n'existe pas encore : le texte lui-même
Au 9 septembre 2026, la page « Projet de loi de finances pour 2027 » de l'Assemblée nationale ne contient qu'une liste de rapporteurs spéciaux et un document d'organisation de la discussion : aucun numéro de texte, aucune date de dépôt, aucun document budgétaire.
Le seul repère certain est juridique. L'article 39 de la LOLF impose que le projet de loi de finances « est déposé au plus tard le premier mardi d'octobre de l'année qui précède celle de l'exécution du budget » : en 2026, le mardi 6 octobre. L'article 47 de la Constitution n'impose pas de calendrier d'examen : il ouvre des facultés au Gouvernement si le Parlement tarde. Si l'Assemblée « ne s'est pas prononcée en première lecture dans le délai de quarante jours après le dépôt d'un projet », le Gouvernement « saisit le Sénat qui doit statuer dans un délai de quinze jours » ; si le Parlement « ne s'est pas prononcé dans un délai de soixante-dix jours, les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance ». Ces délais « sont suspendus lorsque le Parlement n'est pas en session ».
Le Premier ministre a fait savoir qu'il comptait présenter et déposer le texte le 30 septembre 2026, avant l'échéance légale du 6 octobre ; la conférence des présidents de l'Assemblée nationale a de son côté arrêté le 15 juillet 2026 le calendrier de l'automne : discussion de la première partie du 12 au 19 octobre, vote solennel sur cette première partie le 20 octobre, vote sur l'ensemble le 17 novembre. Ces dates sont annoncées et non encore intervenues à la date de mise à jour de cette page ; le relevé de conclusions de la conférence des présidents n'étant pas publié en accès libre, elles sont ici reprises de franceinfo, 24 août 2026. C'est dans la première partie que se votent les mesures de recettes : la fenêtre utile pour vos clients est donc courte, du dépôt au 20 octobre.
Ce qui est réellement proposé, et par qui
Le seul travail officiel récent sur le sujet est le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, organisme rattaché à la Cour des comptes, publié le 1er décembre 2025 sous le titre « Corriger les principales distorsions de l'imposition du patrimoine ». Il porte sur une imposition du patrimoine « d'un montant de 113,2 Md€ en 2024 » et que le Conseil présente comme « forte en comparaison internationale, complexe, inégalitaire, et peu efficace au regard des objectifs de politique publique auxquels elle est censée contribuer ».
Ses recommandations en matière de transmission vont dans un sens précis, et ce n'est pas celui de la rumeur :
- n° 13 : « Alléger les taux des DMTG en révisant les barèmes pour les transmissions en ligne directe et indirecte dans le cadre d'une réforme équilibrée pour les finances publiques » — coût chiffré par le CPO entre 1,0 et 2,5 Md€ selon le scénario ;
- n° 12 : « Créer un abattement spécifique pour l'enfant du conjoint, au niveau de celui des neveux et nièces » — le CPO ne chiffre pas le montant (rendement noté « Ns ») ; l'abattement des neveux et nièces est aujourd'hui de 7 967 € (art. 779, V) ;
- n° 14 : « Engager une réflexion sur le traitement fiscal des donations en nue-propriété » ;
- n° 17.1 (scénario 1) : « Plafonner les possibilités d'optimisation de l'imposition des transmissions de patrimoine en établissant une contribution différentielle sur les hauts patrimoines pour les successions et les donations, hors transmissions au conjoint survivant ».
L'équilibre proposé est donc : taux plus faibles, assiette plus large. Une baisse de l'abattement de 100 000 € n'y figure pas. Un allongement du rappel fiscal non plus.
Côté parlementaire, la seule initiative écrite identifiable est la proposition de loi n° 190 déposée au Sénat le 8 décembre 2025 par M. Alexandre Ouizille ; aucune autre initiative écrite n'était identifiable au 9 septembre 2026, instaurant un impôt sur les grandes successions ; elle ne modifie pas l'abattement de l'article 779.
Le piège des « 15 932 € pour les beaux-enfants »
Plusieurs sites patrimoniaux affirment que la loi de finances pour 2026 aurait porté à 15 932 € l'abattement des enfants du conjoint. C'est inexact. Un amendement en ce sens a été voté en première lecture à l'Assemblée nationale le 3 novembre 2025, mais il n'a pas survécu à la navette : Légifrance affiche l'article 779 en version du 1er janvier 2013 et l'article 788, qui porte l'abattement par défaut de 1 594 €, en version du 1er août 2020. Un bel-enfant non adopté reste donc taxé à 60 %, sans abattement en donation : l'abattement par défaut de 1 594 € de l'article 788 n'est ouvert que « sur chaque part successorale ».
Ce que vous pouvez dire à un client qui veut donner « avant »
Les droits de mutation à titre gratuit ont un fait générateur instantané : la donation. Le législateur fixe lui-même la date d'application des mesures nouvelles, et les deux textes de transmission les plus récents l'ont fixée à l'entrée en vigueur de la loi, pas avant : l'article 71 de la loi de finances pour 2025 ouvre le don de l'article 790 A bis aux versements « entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026 », et l'article 8 de la loi de finances pour 2026, faute de disposition d'entrée en vigueur, est lu par la doctrine comme s'appliquant aux transmissions réalisées à compter de l'entrée en vigueur de la loi, le 21 février 2026.
Rien n'interdit toutefois au législateur de retenir une date antérieure à la promulgation, par exemple le jour de la présentation du texte. Cette hypothèse justifie d'avancer une donation déjà décidée, pas d'en décider une nouvelle dans l'urgence : une donation reste irrévocable, et l'abattement consommé n'est reconstitué qu'au bout de quinze ans.
Qui est concerné
Les clients de votre portefeuille visés par ce texte
Parents de 60 à 70 ans avec un abattement déjà entamé
Une donation antérieure de moins de quinze ans limite l'abattement disponible (art. 784). Chiffrez le solde par enfant avant toute nouvelle opération : c'est le seul calcul qui change réellement la décision, quelle que soit l'issue du PLF 2027.
Clients ayant atteint 80 ans et envisageant un don de sommes d'argent
L'exonération de 31 865 € de l'article 790 G suppose un donateur de moins de 80 ans. Le CPO recommande de relever cette limite à 85 ans (recommandation n° 10), mais la règle actuelle reste 80 ans : au-delà, la fenêtre est fermée.
Familles recomposées avec bel-enfant non adopté
Taxation à 60 % dès le premier euro en donation ; en succession seulement, l'abattement par défaut de 1 594 € de l'article 788 s'applique « sur chaque part successorale ». L'abattement de 15 932 € annoncé par certains sites n'existe pas dans le droit en vigueur. Les outils réels restent l'adoption simple, l'assurance vie et la donation graduelle ou résiduelle.
Chefs d'entreprise cumulant Dutreil et donation en numéraire
Les deux dispositifs relèvent du même barème et du même rappel de quinze ans, mais de logiques d'anticipation différentes : le pacte Dutreil a déjà été durci par la loi de finances pour 2026, l'abattement de l'article 779 ne l'a pas été.
Clients détenant leur patrimoine en démembrement
La recommandation n° 14 du CPO invite à « engager une réflexion sur le traitement fiscal des donations en nue-propriété ». Aucune mesure n'est écrite, mais c'est le point le plus exposé à un amendement lors de la première partie.
Côté cabinet
Ce qu'il faut faire maintenant
- 01
Chiffrer le disponible réel, dossier par dossier
Pour chaque foyer, reconstituez les donations des quinze dernières années et calculez l'abattement encore disponible par donataire (art. 779 et 784). C'est un travail qui garde sa valeur quel que soit le contenu du texte, dont le dépôt est annoncé pour le 30 septembre 2026 et légalement dû au plus tard le 6 octobre.
- 02
Séparer les dossiers mûrs des dossiers à instruire
N'avancez que les donations déjà décidées et documentées, dont l'acte peut être signé avant la fin de l'année. Une donation est irrévocable : la crainte d'un texte non écrit ne justifie pas d'anticiper une opération non arbitrée.
- 03
Programmer une relecture au dépôt du texte, pas avant
Bloquez un point d'étape à la publication du projet et un second après le vote de la première partie, annoncé pour le 20 octobre 2026. Écrivez aux clients concernés ce que vous savez aujourd'hui, y compris qu'aucune mesure n'existe.
Vérifier
Sources officielles
- Légifrance · version en vigueur depuis le 1er janvier 2013, I à VCGI, article 779 (abattements en ligne directe) — Légifrance
- Légifrance · version en vigueur depuis le 1er janvier 2017, deuxième alinéaCGI, article 784 (rappel fiscal de quinze ans) — Légifrance
- Légifrance · version en vigueur depuis le 30 décembre 2014, tableau ICGI, article 777 (barème des droits de mutation à titre gratuit) — Légifrance
- Source · recommandations n° 10, 12, 13, 14 et 17.1 (liste p. 12, chiffrage p. 13-14 de la synthèse)Conseil des prélèvements obligatoires, « Corriger les principales distorsions de l'imposition du patrimoine », 1er décembre 2025
- Légifrance · dépôt « au plus tard le premier mardi d'octobre »Loi organique n° 2001-692 du 1er août 2001 (LOLF), article 39 — Légifrance
- Assemblée nationale · page consultée le 9 septembre 2026 : aucun texte déposéProjet de loi de finances pour 2027 — Assemblée nationale
À envoyer
La note à vos clients concernés
Rédigée à partir de cette analyse, au format Word, en-tête neutre. Vous la relisez, l'adaptez à votre portefeuille et l'envoyez sous votre signature.
Aperçu
Donations et successions : ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore, du budget 2027
À ce jour, rien. Le projet de loi de finances pour 2027 n'est pas encore déposé au Parlement : la loi organique du 1er août 2001 impose seulement son dépôt au plus tard le 6 octobre 2026, et sa discussion à l'Assemblée nationale est annoncée à partir du 12 octobre 2026. L'abattement de 100 000 € applicable aux donations et successions entre un parent et un enfant (article 779 du code général des impôts) est inchangé, de même que la règle qui permet de le reconstituer tous les quinze ans (article 784). La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, ne les a pas modifiés.
Questions
Ce qu'on nous demande sur ce texte
L'abattement de 100 000 € a-t-il déjà été réduit ?+
Non. L'article 779, I du CGI est affiché par Légifrance en version en vigueur depuis le 1er janvier 2013 et n'a pas été modifié par la loi de finances pour 2026.
Le délai de rappel fiscal passe-t-il de quinze à vingt-cinq ans ?+
Aucun texte ni rapport officiel ne le prévoit. L'article 784 du CGI, en vigueur depuis le 1er janvier 2017, exclut toujours du rappel les donations « passées depuis plus de quinze ans ».
Faut-il conseiller de donner avant la fin de l'année 2026 ?+
Seulement si la donation était déjà décidée. Elle est irrévocable et consomme l'abattement pour quinze ans ; une hypothèse de presse ne justifie pas de l'avancer.
Une mesure votée en décembre 2026 pourrait-elle s'appliquer à une donation de septembre ?+
Le législateur fixe lui-même la date d'application. Les deux textes de transmission les plus récents, l'article 71 de la loi de finances pour 2025 et l'article 8 de celle pour 2026, ne rétroagissent pas. Une date antérieure reste juridiquement possible, mais elle n'est pas la pratique récente.
Quand saura-t-on ce que contient le texte ?+
À sa présentation en Conseil des ministres, annoncée pour le 30 septembre 2026, puis lors du vote de la première partie, annoncé pour le 20 octobre. Le dépôt est légalement dû au plus tard le 6 octobre 2026.
Luca Penaranda
Fondateur de Curio
Luca Penaranda est le fondateur de Curio, qui lit et recoupe pour les cabinets les textes fiscaux et réglementaires qui touchent leurs clients. Il rédige et met à jour ces pages à chaque étape de la navette parlementaire.
Publié le
Information générale. Cette page décrit un texte de portée générale à la date indiquée. Elle ne constitue pas un conseil personnalisé et ne dispense pas de l'analyse de la situation propre à chaque client. Vérifiez les sources citées et faites valider toute note avant envoi.
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